L’un de mes petits plaisirs du week-end est de me rendre sur le site du New York Times, section Fashion & Style, et de regarder le slideshow commenté par la voix usée et “grand-paternelle” du photographe de mode septuagénaire, Bill Cunningham.
Sa rubrique, On the Street, décortique le style des New Yorkais selon un thème bien précis chaque semaine: les New Yorkais à vélo, les sacs de la saison, la tendance des pantalons tombants, les bottes de pluie, etc. Une sorte de compilation de la mode new-yorkaise. De temps à autre parisienne (ça dépend de l’actualité des défilés).

© Bill Cunningham / The New York Times
Les photos présentées n’ont rien d’artistique. On est loin des belles photographies travaillées et posées du Sartorialist, de Géraldine ou encore de Garance. Les sujets sont pris sur le vif, shootés incognito le plus souvent et généralement dans les rues de Manhattan. Ainsi, le photographe s’efface complètement par cette manière de travailler au profit du sujet. Humble, timide et discret, cet homme refuse d’être exposé (30 ans de photos streetstyle, un pionnier!) ainsi que les interviews.
Le journaliste Guy Trebay (voir en fin de billet):
As I explained my wish to write about him, his face got red and he began to back away. “Oh, no! No. no. no!” he said. “I’m totally against publicity. Oh, no, no! It’s the destruction everything.”
Là où les images sont intéressantes, c’est qu’elles revêtent aussi une dimension sociétale. Sous couvert de série photographique sur les tendances stylistiques de la rue, ce vrai passionné de mode étudie (peut-être involontairement) et observe l’évolution d’une certaine population vivant dans cette mégalopole. On devine parfois une subtile ironie (sans aucune méchanceté), une certaine prétention chez les photographiés, une vraie curiosité, des interrogations et surtout un œil incroyable.

(Credit unknown)
Moi qui aime observer les gens tout en essayant de rester discrète, j’envie beaucoup cet homme qui passe 30 heures par semaine à scruter les looks des piétons de New York. J’ai toujours trouvé fascinant de voir se croiser des êtres porteurs d’une histoire, d’un présent et d’un futur dans un lieu aussi impersonnel que la rue ou le métro, le summum venant du flot de personnes se déversant d’un trottoir à un autre sur les passages piétons.
Ce rendez-vous hebdomadaire avec ce cher Bill est un vrai régal.
Pour plus d’informations, ce long mais excellent excellent article de Guy Trebay (Artforum International Magazine) en anglais.
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